đ„č Agile Grenoble : La Fin d'un Cycle pour un Nouvel Ălan NĂ©cessaire
- Jean Dupuis
- Nov 28, 2025
- 3 min read

Les discussions vont bon train sur l'avenir de l'évÚnement
L'édition 2025 d'Agile Grenoble restera gravée dans les mémoires, non seulement par la qualité exceptionnelle et la profondeur des échanges, mais aussi par une émotion palpable, celle d'une fin de cycle. C'était sans doute la derniÚre édition du genre avant une inévitable réinvention.
Les signes étaient là , frappants : une jauge moins remplie, des stands sponsors clairsemés, des buffets moins généreux. Ces symptÎmes extérieurs traduisent l'impact direct d'un contexte international anxiogÚne (crises géopolitiques, incertitudes des alliances), qui pousse les dirigeants à l'ultra-prudence, à la consolidation et à une coupe budgétaire pour l'innovation.
Mais au-delà de ces facteurs exogÚnes, nous assistons à la fin d'un ùge d'or de 15 ans pour l'Agilité, marqué par deux phases distinctes :
L'évangélisation (2008-2018) : Découverte du Scrum et de l'Agilité par petites équipes, avec un apprentissage progressif.
L'industrialisation (2018-aujourd'hui) : Lancement de transformations agiles "Big Bang" à grande échelle (souvent via SAFE), sans expérimentation préalable ni expérience solide des formateurs et des rÎles clés.
Le résultat est sévÚre : malgré des investissements massifs, la plupart des entreprises n'ont pas touché le ROI qu'elles pouvaient légitimement attendre. Elles ont confondu le moyen et l'objectif, se contentant de dire : "On a basculé en SAFE", comme on disait "On est agile parce qu'on a Jira" en 2014. L'Agilité est trop souvent devenue une machine à livrer des features de maniÚre fluide, fussent-elles inutiles, oubliant son essence : faire le bon produit avec un impact mesuré.
Un Bilan Lucide et des Fondamentaux Retrouvés
Pourtant, cette édition 2025 fut une incroyable édition pour la qualité et la pertinence de son contenu. Les conférences ont agi comme un miroir, forçant à un bilan lucide et à un retour aux fondamentaux, essentiels pour l'étape à venir.
Plusieurs orateurs ont convergé sur les causes de l'échec des transformations :
L'Absence de ROI Business : Rachel Dubois nous a challengĂ© : « Faire super bien des choses qui ne servent Ă rien, câest la dĂ©finition de la folie ! » L'AgilitĂ© doit revenir Ă l'expĂ©rimentation, tester des hypothĂšses de valeur, valider rapidement l'impact business (mĂ©thode DIBB de Spotify, Kill Switch) et non se concentrer sur l'output (livraison) mais sur l'outcome (rĂ©sultat/impact).
L'Amateurisme dans les Pratiques : Medhi Moussaïd a rappelé que l'intelligence collective s'apprend scientifiquement, et que la qualité d'un groupe dépend de la qualité des liens qui les unissent, pas des qualités individuelles. Julie Demanze a alerté sur le détournement d'outils simples comme le ROTI, trop souvent utilisé pour l'égo et non pour l'amélioration.
L'Oubli du Lean et de la Robustesse : CĂ©line Swierkowski (Lean) et Anne Gabrillagues (Gestion des risques) ont rappelĂ© que l'amĂ©lioration continue doit ĂȘtre quotidienne, mesurer l'impact et la rĂ©duction du gaspillage (les problĂšmes sont une opportunitĂ© d'apprentissage), car « Ne pas avoir de problĂšme, câest le plus gros problĂšme » (Taiichi Ono). Aliocha Iordanoff a invitĂ© Ă transcender les polaritĂ©s, prĂ©fĂ©rant ce qui est adaptable à ce qui est simplement adapté (performant au mm).
Le Dysfonctionnement Structurel : Rafik Mekki a identifiĂ© les quatre "ancres" des organisations dysfonctionnelles (chef non-coopĂ©ratifs, cap flou, manque de sĂ©curitĂ© psychologique, silos), causes profondes qui gĂ©nĂšrent dĂ©sengagement et mauvais produits. La dette technique, a ajoutĂ© Claire Van de Voorde, n'est pas un sujet tech, mais une opportunitĂ© stratĂ©gique et business qui doit ĂȘtre gĂ©rĂ©e par les dirigeants.
đ Le Besoin d'AgilitĂ© n'a Jamais ĂtĂ© Aussi Fort
Dans ce contexte d'incertitudes géopolitiques, économiques et d'accélération de l'IA (comme l'ont souligné Brice Kiefer et Simon Jaillais), la planification à moyen terme est impossible. L'incertitude est la seule constante.
Il serait absurde de revenir au Waterfall, cause des dégùts que l'Agilité devait corriger (moins de 13% de succÚs selon le Chaos Report). Le besoin d'Agilité n'a jamais été aussi fort, mais l'exigence va monter d'un cran.
L'Úre de l'Agilité cosmétique est révolue. Il est urgent de passer d'une application mécanique et dénuée de sens des frameworks et des outils, à une utilisation fondamentale et rigoureuse qui :
Prouve ses bénéfices : Concentrez-vous sur l'impact business et non sur la livraison de features.
Mesure son ROI : Ăvaluez l'impact rĂ©el sur le client et l'entreprise.
Réduit les gaspillages : Adoptez l'approche Lean de maniÚre exigeante et professionnelle.
La récréation budgétaire est finie. Le travail d'amélioration ne manque pas, mais pour obtenir les budgets nécessaires, il va falloir démontrer vite la forte probabilité d'atteindre des gains mesurables avec un niveau de risque et d'effort limité. L'avenir appartient aux organisations qui sauront appliquer l'Agilité avec sens, exigence scientifique et focus business.
Avez-vous déjà mis en place des indicateurs de ROI business concrets pour vos initiatives agiles ? Partagez vos expériences ci-dessous.



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